L’association a pour but de contribuer à la reconstruction identitaire des femmes atteintes d’un cancer, en particulier d’un cancer du sein, grâce à un partage d’expérience, et par la diffusion de tout type d'informations
Avoir un cancer bouleverse aussi la vie professionnelle. De la difficulté à garder le contact avec l'entreprise pendant les traitements aux relations transformées avec les collègues et la hiérarchie en passant par la reprise du travail malgré la fatigue et les effets secondaires... voici le témoignage de Carole, 31 ans.
J’étais assistante RH dans une grande entreprise depuis 2004. J’avais choisi cette société de taille importante pour pouvoir évoluer, avoir petit à petit plus de responsabilités… jusqu’à la grosse tuile : début 2007, on m’a diagnostiqué un carcinome papillaire de la thyroïde. J’avais 29 ans. Après deux opérations, on a trouvé des métastases aux poumons. Je suis actuellement des cures d’iode auxquelles je réagis bien.
Mon chef direct m’a appelée la veille de ma première opération de thyroïdectomie uniquement pour savoir où étaient mes dossiers. Je comprends que mon absence crée des problèmes d’organisation, mais il a osé me dire que l’intérimaire qui me remplace s’interrogeait sur son avenir et qu’il fallait que je me mette à sa place. Mais qui se met à la mienne ? La question que je me pose sur mon avenir, c’est de savoir si je vais vivre ou mourir.
Quand j’étais en arrêt, c’était à moi de courir derrière l’information. Je mettais un point d’honneur à me rendre dans l’entreprise de temps en temps pour dire : « Je suis toujours là. » J’ai demandé à la DRH de m’envoyer le journal interne. Je lui ai dit que j’aurais pu participer aux réunions mensuelles, si on m’avait tenue au courant. Je n’ai pas davantage été prévenue pour le repas de service ou la réunion traditionnelle de fin d’année… C’est dommage : je pense qu’il faudrait réintégrer petit à petit les personnes dans mon cas.
J’ai repris partiellement le travail. Les cures d’iode m’imposant des périodes d’absence répétées, j’ai demandé à travailler en mi-temps thérapeutique dans une filiale de la maison mère qui se trouve plus près de chez moi. J’ai été bien accueillie sur le plan humain, et au début, j’étais contente de retrouver une activité professionnelle. Mais l’entreprise n’avait pas vraiment planifié mon arrivée, et j’ai eu l’impression de rétrograder, en faisant le standard ou les photocopies. Après 15 jours de ce régime, j’étais démoralisée. J’ai provoqué un entretien avec la responsable RH pour lui expliquer qu’il fallait que je mette toutes les chances de mon côté, notamment sur le plan moral, et que la configuration actuelle ne me satisfaisait pas. Elle a très bien compris, et lorsque je suis revenue à mon poste, après une nouvelle cure, j’avais un bureau, un ordinateur, et j’ai pu me former à de nouveaux logiciels.
Je travaille, j’ai remis à jour mes connaissances. Mais j’ai le sentiment de ne plus être complètement salariée, de ne plus avoir de statut social. Je n’ai plus d’entretien d’évaluation, par exemple. Or ce n’est pas parce que je suis malade que je n’ai pas envie d’évoluer. Je fais pourtant les mêmes choses, j’occupe les mêmes fonctions que les autres… mais en réalité, je ne bénéficie pas des mêmes droits. Les entreprises ne sont pas prêtes à accueillir quelqu’un comme moi.
Ma société a annoncé vouloir mettre en place une politique handicap : vaste fumisterie ! Pourquoi ne questionne-t-elle pas les salariés vraiment concernés par cette problématique ? Je suis malade, ça ne se voit pas, les gens me disent que je suis dynamique et que je ne plains jamais, mais c’est un handicap, ne serait-ce qu’au niveau de la fatigue que je ressens.
Il est possible que le cancer soit un compagnon durable dans ma vie. Paradoxalement, je suis mieux dans ma peau aujourd’hui qu’avant ma maladie, même si j’ai un peu perdu confiance en l’être humain. Je vis plus intensément. Je n’ai pas le sentiment d’avoir vécu cette maladie pour rien.
Propos recueillis par Claire Aubé, claire.aube@la-maison-du-cancer.com
A lire/A voir aussi:
"Jeune malade: les galères financières"
"Pension d'invalidité, logement, travail: les difficultés de l'après-cancer"
- Vous devez vous identifier ou créer un compte pour écrire des commentaires
Publié dans : Le Bureau > Travail
Tags : Thyroïde, Carcinome, Cancer
Publié le 20/07/2009 à 7h56 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h46
CETTE RUBRIQUE VOUS EST PRÉSENTÉE PAR
LE TOP DES ARTICLES
- "On ira tous à l'hôpital"- vu 52'731 fois
- Témoignage de Bernard Giraudeau- vu 36'484 fois
- Des comportements alimentaires à adopter- vu 22'193 fois
- Perruque : erreurs à éviter- vu 22'148 fois
- Post-traitements : quand c’est la mémoire qui flanche…- vu 21'646 fois
- La perte de poids : l'ennemie du malade- vu 20'816 fois
- Se nourrir malgré les troubles- vu 20'505 fois
- "Gardez un esprit critique"- vu 20'107 fois
- Au secours, je ne sais plus quoi manger!- vu 19'478 fois
- Gérer l'anxiété- vu 18'927 fois
Ils nous soutiennent
Docteur Jean-François Masson
homéopathe
Docteur Thierry Janssen
psychothérapeute
Matthieu Ricard
moine bouddhiste, interprète du Dalaï lama
Supervision
L'agence Supervision, créatrice du site.
Notoriété Publique
Agence conseil en médiatisation
Les Amis sur Facebook
Les Amis de La Maison du cancer
Mots clés les plus fréquents
Agenda
-
Courir pour elles
Course féminine au profit des associations de lutte contre le cancer. Domaine de Lacroix Laval
mai 27 2012 -
Activité physique et cancer
Entrée libre. 14h30, salle Oncora, centre Léon Bérard, Lyon
jui 07 2012 -
Course des Héros
Constituez des équipes de coureurs qui récolteront des dons au profit de l'association Juris santé, Gérand (Lyon)
jui 10 2012
Sites amis
-
-
L'association fondée par Laurent Bertin informe les patients sur les problèmes et les solutions à l'entrée de la maladie.
-
Le Kiosque Info Cancer de Toulouse a pour mission d'accueillir les personnes en souffrance, de les informer, et de développer la recherche en sciences humaines autour du cancer.
-
Ce site a été créé sous l'impulsion du Pr David Azria, professeur au Centre de lutte Contre le Cancer de Montpellier, dans le but d’apporter une information adaptée et exhaustive aux patients atteints de cancer et à leur entourage.
-
Catherine Cerisey parle à travers un blog intelligent, bien documenté et très humain du cancer du sein.






