L'association fondée par Laurent Bertin informe les patients sur les problèmes et les solutions à l'entrée de la maladie.
Il fait gris et mon moral est aussi terne que le temps. Je me traine un spleen gluant, bouillasse de peur, de doute et de ras le bol. Marre de passer d’un traitement à l’autre, de ces odeurs d’hosto, de ces examens sans fin, de ces petites douleurs répétitives, une perfusion par ci, une prise de sang par là, …

Marre de ces réveils où à peine une paupière soulevée, le crabe vous salue bien bas. Et ne vous lâche plus d’une semelle ! Et comme si cela ne suffisait pas, il sème avec talent toutes sortes de sentiments ravageurs. Exemples ? La peur de souffrir, celle de ne pas voir vos enfants grandir, le doute de s’en sortir un jour. STOP ! En votre for intérieur vous avez bien le droit de penser ainsi, mais surtout ne l’avouez pas tout haut. Car contre vents et marées, ne vous l’a-t-on pas dit cent fois, il FAUT GARDER LE MORAL. Petit soldat parti en lutte contre un ennemi invisible, on vous le répète à l’envie : « pas question de baisser la garde ». Car le moral, ma bonne dame, c’est crucial si vous voulez vous en sortir. D’abord, la boussole ne doit pointer que dans une seule et unique direction : la guérison. Ainsi, vous enverrez à votre organisme un message positif. Et toutes vos petites cellules vont se mettre en ordre de marche pour atteindre cet objectif. Pour vaincre la maladie, il faudrait donc un psychisme de champion, conditionné à la gagne, et à elle seule. Ensuite, il vous faut chasser d’un revers de main toutes ces idées noires. Veuillez me ranger ce cafard que je ne saurais voir. Interdiction de penser à la mort qui vous attend peut être plus tôt que prévu. Concentrez vous sur la vie, accrochez vous !
Que ce diktat est parfois épuisant ! Ce discours est si ancré chez les accompagnants et les malades eux-mêmes que du coup… on finit par culpabiliser. C’est vrai, que diable, fouette toi un peu ma fille ! Car finalement, si les choses venaient à s’aggraver encore, et bien, n’en seras-tu pas en partie responsable ? Ta faute, ta triste faute. Et pourtant… Ca fait du bien aussi de s’accorder le droit d’aller mal. Et même, soyons fou, de verser quelques larmes sur son triste sort. Car il faut le dire, c’est dur, très dur. Exprimer sa détresse, la reconnaître, lui faire face, fait aussi partie de ce chemin escarpé. Allez, négocions un peu : si vous m’accordez parfois ce droit de me laisser aller, un peu, je vous promets de réincarner aussi vite que possible le petit soldat courageux, confiant et serein face à l’adversité.
Anouchka
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Publié dans : La Salle de soins > Gestion des émotions
Tags : Responsabilité, Rechute, Peur, Moral, Idées Noires, Guérison, Detresse, Cancer, Bien Portants
Publié le 18/01/2011 à 9h16 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h48
Commentaires : (5)

Merci pour votre magnifique témoignage.
Je me permets de le mettre en lien sur mon blog car vous avez trouvé les bons mots...
Marie
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Anouchka je vous remercie pour votre temoignage ,vous exprimez sur le site ce que l on ressent tous les jours ,.et je souhaite de tout cœur qu il sera lu par beaucoup de personnes ,et qu il participera à changer les maladresses de langage de notre entourage
L entourage est très mal à l aise avec le cancer ,et ne trouve pas les bons mots ,il veut vous voir en forme . Pour ma part quand j ai besoin de pleurer ,je le fais seule .....car je pense que je les fais souffrir
Je pense que j avais la même attitude alors je me permets parfois avec humour et gentillesse , de dire que je n accepte pas ces paroles ,sois forte ...comment lorsque on vous retire vos moyens de défenses..
Il faut voir pire que soit , entre patients on peut se le dire mais de la part de bien portants ,cela passe mal
Et puis toutes les références à des gens guéris ,voisine ,belle sœurs...qui ont eu beaucoup de courage ,je ne le supporte pas non plus .
J ai la chance d avoir une kinesitherapeute qui devine mon mal être et qui mets des mots ,vous avez des raisons d' aller mal , a l hôpital une secrétaire médicale est toujours à l écoute ,il y a aussi des médecins...et une ou deux....
Oui j essaie d' épargner mon entourage ...et il me faut faire des efforts ..si je vais bien mon entourage m entoure beaucoup plus!
Anouchka je souhaite de tout coeur que vous puissiez trouver des personnes qui puissent ecouter et soulager votre malaise .
Mado
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Ton témoignage Anouchka me fait penser au sujet fait sur Susan Sontag "la maladie comme métaphore"...
Et si le fait d'aborder le cancer autrement (avec d'autres mots, en lâchant les à-prioris sur ce qui est bien ou mal... etc...) aidait à mieux le gérer que ce soit du côté des malades ou celui des proches ? peut-être on s'autoriserait tout simplement à évoluer en fonction de ses propres émotions ? sans culpabilité, sans avoir à se justifier, sans arrière-pensées, sans fausse pudeur, sans retenue... juste se débarrasser de tout ce superflu qui pèse en plus du reste !
En tout cas, tu t'es autorisée à le dire et la maison est là pour ça aussi, apporter un peu de soulagement, de lâcher-prise, de répit de se savoir écouté(e).
cerOnac
"On ne voit bien qu'avec le coeur... L'essentiel est invisible pour les yeux"
"seules comptent les minutes qui ressemblent à ce que tu seras"
"On peut construire quelque chose de beau avec les pierres qui entravent le chemin"
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Merci Anouchka, pour votre sincérité!
Ah bien sur, quel soulagement pour chacun(famille, amis, médecins) d'être toujours stoïque, "droit dans ses bottes" face
à la maladie! si on a le moral, c'est que tout va bien, CQFD.
On est déjà un peu "coupable" de ne pas pouvoir mener une vie dans la norme,faudrait pas par-dessus le marché en rajouter en transmettant ses craintes, ses souffrances, sa détresse aux autres!
On accepte volontiers la souffrance "désincarnée", celle que l'on voit de façon presque désabusée tout les jours sur les petits écrans, car elle ne nécessite aucun don de soi.
En oubliant parfois combien un mot sincère,une écoute attentive envers quelqu'un que vous connaissez et qui mène un combat si dur,est essentiel! Accepter de partager son désarroi, c'est lui signifier qu'il n'est pas totalement seul face à celui-ci...
Frédéric
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Merci Anouchka, je me retrouve dans vos propos. Serrer les dents, rester vaillante, espérer ardemment guérir, cela paraissait nécessaire pour mes proches, autant pour moi que pour eux. Et c'est vrai que cela me semblait vital d'agir ainsi, comme d'être en mesure d'exprimer mon désarroi, ma colère, mes angoisses ou de parler de la mort.
Cette expression a parfois gêné certains de mes proches, qui ne comprenaient pas pourquoi je ne me concentrais pas uniquement sur le fait de guérir. J'avais besoin de digérer tout ce qui m'arrivait, de me préparer au pire éventuellement. Pour moi, cela fut une rupture brutale. On m'a annoncé le diagnostic un jeudi ou un vendredi et le dimanche suivant j'étais hospitalisée.
J'avais besoin de faire le ménage dans ma tête régulièrement. Cela signifiait autant exprimer mon ressenti négatif, que positif, mes questionnements, que de prendre de la distance par rapport à certaines situations (non, je ne suis pas disponible pour aider mes proches en ce moment, car je n'en ai pas les moyens).
Pour autant je refusais que mes proches ne me voient qu'à travers le prisme de la maladie. Lors des visites, on en parlait, mais on parlait aussi d'autres choses, de choses bien légères parfois. Mon quotidien était (encore maintenant parfois) morose (à l'image de ce qu'Anouchka évoque dans les premiers paragraphes de son témoignage) et par moment oppressant, d'où ces bulles de légèreté, courte parenthèse dans la maladie.