Ce site créé par le professeur Jean-Pierre Lotz, chef du service d'oncologie médicale de l'hôpital Tenon à Paris, fournit des informations médicales et juridiques aux patients.
Cette réplique culte de la série télévisée « le Prisonnier », que j’adorais regarder quand j’étais ado, me revient souvent à l’esprit depuis que j’ai été diagnostiquée. Régulièrement, je m’y accroche pour me renforcer intérieurement quand tous autour de moi se focalisent sur des statistiques.

Dès le début de la maladie, je l’ai compris : ma gynécologue, puis le chirurgien, puis l’oncologue que je voyais dans l’urgence des premières visites après le dépistage, tentaient d’apaiser ma frayeur en me bombardant d’informations mathématiques : « avec la grosseur de la tumeur, le grade de votre cancer, votre âge, le nombre de ganglions atteints, on peut vraiment dire que vous faites partie des 80% de femmes qui seront guéries dans cinq ans ». Ah bon, et pourquoi, par malchance, ne serais-je pas embringuée dans les 20% qui restent sur le carreau ? Et après cinq ans, il se passe quoi ? Puis, à propos des traitements, la même discussion revenait. L’hormonothérapie ? « Après 5 ans de prise, elle rajoute 7 cas de guérison aux 70 femmes déjà sauvées grâce à la chirurgie et la radiothérapie, m’expliquait mon radiothérapeute. Il n’y a pas à hésiter !! ». Euh …oui, mais que faire des 20 à 30% de patientes qui ne supportent pas ces traitements et les arrêtent souvent en cachette après un an ou deux ? Ferai-je partie de celles qui avaleront leur cachet quotidien sans problème pendant 5 ans ? Et que faire du faible pourcentage de cancers de l’endomètre qui seraient provoqués par ces traitements ? Je n’y pense pas ?
Souvent, j’ai ainsi constaté que la découverte d’une nouvelle statistique génèrait plus de questionnements anxieux que d’apaisement en moi. Parce qu’un chiffre n’est rien, mais il donne lieu à tant d’interprétations…Aussi peu à peu, j’ai découvert que , bonne ou mauvaise, la prédiction statistique ne m’apportait rien. Il y a tant d’imprévisible avec cette maladie cancéreuse ! Je préfère m’en tenir à l’idée que, quel que soit mon rang dans l’immense population des personnes atteintes, je ferai mon propre chemin, le mien, nécessairement singulier, avec ce désagréable partenaire de vie qu’est le cancer. Je le ferai avec mon histoire, ce qui m’a construit dès l’enfance ou plus tard, mes vulnérabilités physiques et mentales, toutes mes ressources d’humaine, et pas comme un numéro tiré au milieu de statistiques froides. Etrangement, penser ainsi m’ouvre une porte dont j’ai viscéralement besoin en certaines occasions : « tout est toujours possible » ! Une récidive là ou ailleurs, oui, peut arriver, et, avec, de nouveaux traitements à endurer… mais peuvent aussi arriver des rémissions spontanées, ou des guérisons de haute lutte après des années de traitement, voire le silence bienveillant du cancer pendant vingt ans... Qui le sait ? Certainement pas un tableau chiffré. Alors, restons les pieds sur terre et le corps bien ancré dans le présent. Cela seul est ma réalité.
Anouchka
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Publié dans : La Salle de soins > Gestion des émotions
Tags : Traitements, Statistiques, Recidive, Radiothérapie, Pourcentage, Peur, Numéro, Hormonothérapie, Chirurgie, Chimiothérapie, Cancer Du Sein, Cancer De L'endomètre, Cancer, Anxiété
Publié le 14/04/2011 à 6h45 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h49
Commentaires : (3)

Merci Anoushka pour ce très beau post qui reflète ce que je vis et ressens depuis le début de la maladie. La connaissance de soi, la connaissance de son histoire et une bonne dose d'amour, d'espoir en la vie et en l'instant présent peuvent parfois faire basculer toutes les statistiques. Et puis, si ce n'est pas la cas, tant pis j'aurai véçue ma vie comme bon me semble et sans regrets !
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"je ne suis pas un numéro, je suis une femme libre" pour reprendre le cultissime "Prisonnier"
Les statistiques sont un peu de tout le monde, personne ne s'y retrouve, sauf nos peurs, ou de fous espoirs ; les facteurs de risque ont aussi leur qualités statisticiennes bien peu ancrées dans la vraie vie des vrais malades
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Je crois que tout est possible dans la vie. Je n'avais aucune chance de m'en sortir. Et j'ai dépassé les stats de survie. Bien sûr, la méthode coué ne suffit pas. Mais quand on dit que l'espoir fait vivre... j'ai tendance à penser qu'il y a une part de vérité, une vérité soutenante. A nous de cultiver cet espoir là comme bon nous semble, malgré les vagues inévitables de découragements. Longtemps j'ai cherché des infos sur la maladie... abonnée à une lettre d'infos en continue... nourrissant la maladie là il fallait s'intéresser à la vie. Nous avons la chance d'être à une époque où de nouveaux traitements sont plus rapidement mis sur le marché qu'il y a trente ans... voila, je crois que le temps est là pour nous. Longtemps je me suis posée cette question du "temps qui reste", j'ai fini par comprendre que ce n'était pas la bonne question. La bonne question étant "qu'est-ce que j'en fais de ce temps de vie si précieux".
Marina