La santé constitue à l'heure actuelle un domaine privilégié par les mouvements sectaires. Logique  : les malades découragés par la médecine traditionnelle sont vulnérables et peuvent  se laisser facilement séduire par les discours de pseudo - thérapeutes manipulateurs. Analyse des techniques d’embrigadement les plus fréquentes.

  

 sectes

 

«Cancer, attention aux traitements miracles. Soyez vigilants ».  D’ici quelques mois, cette affichette réalisée par l'Institut national du cancer (Inca) en partenariat avec la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires (Miviludes) devrait être épinglée dans tous les services de cancérologie.  L'initiative répond directement à l'édition 2010 du rapport annuel de la Miviludes. L'institution y pointait « un recours aux pratiques non conventionnelles à  visée thérapeutique extrêmement fréquent » et décrivait les procédés employés par les sectes pour détourner les malades de la médecine conventionnelle.

 

Une médecine faite par des gourous

Premier constat, « ces théories ont pour socle le discours d’un personnage emblématique, qui dans bien des cas présente toutes les caractéristiques du gourou, ou bien des approches de la santé dans l’air du temps et d’inspiration New Age. Ces méthodes sont mises en œuvre le plus souvent par des non-médecins dont une majorité n’a bénéficié d’aucune formation académique ».

La Miviludes décrit ensuite  ces pratiques non-conventionnelles à visée thérapeutiques : « Elles souffrent d'absence de preuves scientifiques, expliquent de manière simple, voire simpliste, des données et des processus complexes, proposent des moyens de diagnostic uniques supposés suffisants, des méthodes de traitement dites naturelles, qui n'auraient pas d'effets secondaires, seraient simples à mettre en œuvre, peu coûteuses au regard des traitements classiques. Ces méthodes sont par ailleurs mises en œuvre par un seul praticien qui ne ressent pas la nécessité de la pluridisciplinarité, elles promettent la guérison même là où la médecine conventionnelle a échoué.

In fine elles soumettent les patients au risque de perdre une chance de guérison ; ils ne bénéficient pas d'un diagnostic, abandonnent les thérapies classiques, chimiothérapie, radiothérapie et chirurgie ».

 

Des explications psychiques de la maladie

A  l'Association de défense des familles et des individus victimes de sectes (ADFI) de Paris, Jean et Thérèse, respectivement médecin et biologiste retraités qui souhaitent garder l'anonymat, participent bénévolement à la lutte contre ces dérives thérapeutiques.

Thérèse expliquent les mécanismes mis en œuvre pour arriver à une telle situation : « La base de ces pratiques sectaires est la méthode Hamer, qu'on appelle aussi la nouvelle médecine germanique. C'est une doctrine générale à partir de laquelle chaque pseudo-thérapeute bâtit la sienne. Elle explique le cancer par un grand stress, qui agit directement sur le cerveau. Celui-ci se dégrade et donne des directives anarchiques aux cellules qui déclenchent la maladie. Il faut donc sortir de ce stress, de ce conflit. Alors la région cérébrale donne l'ordre au corps de réparer et le cancer disparaît ».

Un exemple, parmi d'autres, où la raison est battue en brèche par l’affirmation de l’absolue  prédominance du psychisme sur la vie de l'individu : le bon fonctionnement du corps et de ses organes dépendrait essentiellement de la bonne santé psychique.

Autre mécanisme souvent utilisé, la culpabilisation : la signification de tous les maux étant ramenée à un conflit non exprimé, une dévalorisation personnelle, un manque de confiance en soi, une colère retenue, le malade devient responsable de sa maladie, et le cas échéant, de sa non-guérison. Le gourou est alors dégagé de toute responsabilité.

 

La promesse de la guérison

Les pseudo-thérapeutes procèdent d'abord par séduction. En promettant de réussir là où la médecine conventionnelle a échoué, ils proposent une guérison moins douloureuse et garantie, donc forcément tentante. 

Ils s’attachent ensuite à séparer les patients de leur entourage, pour que ceux-ci perdent leurs repères, avant de les embrigader définitivement.  Lorsque la pathologie s'aggrave, le groupe s'attache à rassurer la personne. A ce moment précis, il ne doit plus y avoir personne, amis ou famille, autour du malade, qui dès lors est complètement captif. Et Jean de préciser : « le seuil à partir duquel cela devient grave est quand on demande au patient d'arrêter son traitement ». Triste exemple, celui de cette jeune femme atteinte d'une tumeur à la main. « Embrigadée dans un mouvement qui l'a convaincue qu'il fallait abandonner les traitements pour que sa main tombe avant qu'une autre repousse, elle est finalement morte » déplore le bénévole. 

 

Une nébuleuse en pleine croissance

Selon Thérèse, « le problème n'est pas tellement les sectes classiques mais les réseaux de thérapeutes déviants qui se connectent entre eux, échangent des techniques et des malades. Ils sont très discrets, et ils savent contrôler les gens ».

Un nombre croissant de pseudo-thérapeutes, aux compétences et aux qualifications floues, feraient actuellement de la souffrance des malades leur fonds de commerce. Ils proposent consultations, stages, livres et séminaires pour des sommes qui vont de 50€ à 300€. Pour la Miviludes « On assiste à une explosion de microstructures qui gravitent autour de la santé et qui diversifient leurs méthodes ».

Impossible toutefois d'avoir des chiffres, tant ce secteur des thérapies alternatives est incontrôlable. Ces mouvements, difficiles à identifier, et donc à combattre, ne cessent de s’auto-dissoudre et de renaître. Internet leur offre une publicité nouvelle,  et complète le bouche-à-oreille. Grâce à l'introduction de mots-clés dans des forums de discussion, ces mouvances renvoient directement à des sites qui prônent des méthodes « tellement farfelues qu'on se demande comment on peut y croire », selon Jean.

Exemple, cette « cure totale contre le cancer » dont on trouve la recette -un jus à base de betteraves, carottes, céleri, radis noir et pommes de terre- en quelques clics sur Internet.

Consommé à raison d'un litre par jour pendant 42 jours à l'exclusion de toute autre forme de nourriture, cette boisson se substituerait au traitement conventionnel et conduirait à une guérison miracle.

 

Les malades, des cibles rêvées

Jean explique une telle situation par le contexte : « l'être humain est suffisamment fragile pour basculer après une fracture, notamment celle de la maladie. La médecine conventionnelle est critiquable et ces groupes offrent une main tendue ».

Un constat que partage Manuel Rodrigues, interne en oncologie médicale : «  La vulnérabilité  n'est pas liée à un niveau socio-culturel ou de connaissance intellectuelle. Un patient qui a un cancer est d'une fragilité extrême; il suffit un jour qu’il fasse  une mauvaise rencontre, après un rendez-vous un peu rude avec un médecin, en fin de journée, et ce patient fatigué peut tout simplement décider de quitter le circuit allopathique ».

L’interne témoigne avoir vu, à plusieurs reprises, des groupes visiblement racoleurs devant la Pitié -Salpétrière, en plein cœur de Paris. Ceux-ci lui semblent aujourd’hui avoir disparu.  Mais pour combien de temps ?

 

Marion Wagner

 

 

Pour en savoir plus :

 

Les risques de dérives sectaires dans le domaine de la santé, pointés par l'Union nationale de défense des familles et des individus victimes de sectes (UNADFI)

 Le site de la Miviludes

 

 

 

Commentaires : (5)

Portrait de joce91

Je constate sur différents sites une assimilation de la naturopathie avec les sectes....
Ne soyons pas excessifs -ves, bien évidemment il y a des dérives mais ne généralisons pas....
Des universités de médecine enseignent la naturopathie. Pour en citer une que je connais bien : Paris XIII où a enseigné Robert Masson, naturopathe connu...
Attention aux faux procès. Bien sûr nous devons faire preuve de vigilence mais ne dénigrons pas ce qui peut nous aider ne serait-ce que psychologiquement par le fait d'y croire

Portrait de anouchka

Tenant compte de vos commentaires, nous changeons le titre. Il faut faire la part des choses entre le bienfait des thérapies dites complémentaires (acupuncture, homéopathie, sophro, etc...) dont nous parlons régulièrement sur ce site comme d'une aide réelle aux malades et les charlatans profitant de manière honteuse de la détresse et de la vulnérabilité des patients. Comme disait Bernard Giraudeau, il faut toujours garder son sens critique par rapport à chacune de nos expériences.

Portrait de sitelle

Tu as raison lovyves si les sectes s'attaquent à quelqu'un ou quelque chose c'est peut-être aux malades, mais sûrement pas au cancer, ou alors ce serait une nouveauté à explorer...Le titre est bien curieusement choisi.

Portrait de Lovyves

Bonjour
"Quand les sectes s'attaquent au cancer"
!?
Bien curieux titre !
Est il interdit de s'attaquer au cancer!?
Est ce réservé à une caste ... à une secte !?
Et puis, qu'est ce que c'est qu'une secte ?
Savez vous de quoi vous parlez ?
A voir ce titre , j'ai quelques doutes !
Une secte est une nouvelle et petite religion en nombre d'adeptes, ou un groupe philosophique; peut être qu'en médecine il existe aussi des sectes.
Sont elles à bannir, dangereuses !?
A t'on fait des essais clinique avec leurs méthodes !?
Les malades sont des gens vulnérables, oui bien sûr, peut être pas qu'aux "sectes".
Et des "se laisser facilement séduire par les discours de pseudo - thérapeutes manipulateurs.".
Hum !
Ou ce sont des thérapeutes ou bien ils ne sont pas thérapeutes !
Voyez vous je n'ai pas l'habitude de me laisser séduire par des discours de manipulateurs qui dénoncent la paille dans l'oeil de l'autre et qui ne voient pas la poutre dans le leur !
A vouloir trop en faire, on se dévoile !

Peut être aussi que pour les médecins bien diplômés, les solutions aux maladies des laboratoires pharmaceutiques sont paroles d'Evangile, que de là viennent les vrais et bons "gourous".

Portrait de sitelle

La médecine globale du Dr Hammer, existe depuis très longtemps et malgré tout, ne jouit pas d'un succès extraordinaire. Mais ce n'est pas une secte. C'est une tentative, certes fausse, et sans fondement, d'explication de la maladie par des processus inconscients, qui, n'ont bien sûr rien à voir avec les maladies en question. Il y a belle lurette que ces principes ont été remis en cause. Ils restent toutefois dangereux.
Mais par contre, si on va voir du côté de l'ostéopathie, de la naturopathie, et de la phytothérapie, ainsi que l'expliquait Bernard Giraudeau dans l'émission de C. Ceylac 'Thé ou Café', tant qu'un praticien n'empêche pas le malade de se soigner par la médecine traditionnelle, il peut, pas toujours, mais souvent, apporter un mieux être appréciable. Il ne faut pas rejeter tout ce qui n'est pas enseigné dans les facultés de médecine pure et dure. L'homéopathie, par exemple peut soulager les nausées dues aux traitements. Ces médecines que j'appellerai complémentaires, ont du moins cet avantage de ne pas ajouter des éléments chimiques, à des malades qui en reçoivent beaucoup. Si chacun trouve ce qui lui convient, je pense que c'est un bien.
Par contre les praticiens du miracle 'machine à sous' devraient être poursuivis impitoyablement pour exercice illégal de la médecine et souvent mise en danger de la vie d'autrui. Il faut bien faire la part des choses.