L'association fondée par Régine Goinère a pour objectif d'aider les patients à améliorer leur qualité de vie.
Une étude sur la relation entre l’augmentation de Vitamine D dans le sang et la diminution subséquente du risque de cancer du sein vient d’être menée à l’Institut Gustave Roussy. Le Dr Pierre Engel, premier auteur de cette étude, nous en explique les différents enjeux.

LMDC : Depuis quand les recherches sur la vitamine D et le cancer se sont-elles intensifiées. Et pourquoi?
Historiquement, les études dites écologiques ont été les premières à suggérer un effet protecteur de la vitamine D sur la survenue du cancer. Elles partaient du constat que les femmes qui vivaient dans des régions avec des niveaux élevés d'ensoleillement ou à des latitudes sud avaient moins de chance de développer un cancer ou d'en mourir que celles qui résidaient plus au nord. De là à impliquer la vitamine D, qui rappelons le, est majoritairement produite au niveau de la peau sous l’influence du rayonnement ultraviolets B, il n’y a qu’un pas.
On savait déjà par ailleurs que la forme biologique active de la vitamine D dans l'organisme (produite au niveau des reins) et appelée le calcitriol, avait des propriétés anticancéreuses sur des cellules malignes ou chez la souris. Ainsi, dès les années 90 et 2000, de grandes études ont étudié le lien que pouvait avoir une consommation alimentaire élevée en vitamine D sur certains cancers (comme le cancer du colon ou du sein pour ne citer qu’eux) mais avec des résultats divergents (un effet protecteur était retrouvé dans certaines études mais pas toutes).
LMDC : Quels sont les apports nouveaux de votre dernière étude?
La force de notre étude est qu'elle montre une association significative entre des concentrations sanguines élevées en vitamine D et un risque diminué de 25% du cancer du sein chez un grand nombre de cas : 636 cas de cancer comparés à 1272 témoins indemnes de la maladie. C'est aussi une des premières études du genre à observer cette relation avec des dosages en vitamine D effectués 4 ans en moyenne avant le diagnostic de cancer du sein. Nos analyses ont le mérite de prendre en compte l’exposition solaire mais aussi les concentrations sanguines de calcium et d’autres hormones pouvant modifier le taux de vitamine D.
LMDC : Qu'ouvrent-elles comme perspectives?
Nous pouvons tirer deux conclusions de nos observations.
D’une part, 75% des femmes qui ont été dosées, âgées en moyenne de 57 ans, avaient des taux insuffisants, inférieurs à 30 ng/ml. Cela devrait inciter les pouvoirs publics à encourager des solutions pour augmenter ces niveaux, surtout chez la femme âgée.
Nos résultats suggèrent d'autre part qu’une carence en vitamine D pourrait être associée à un risque accru de cancer du sein. Lutter contre cette carence présente, au-delà du cancer et de la prévention de l’ostéoporose d’autres bénéfices pour la santé : renforcement musculaire, prévention de certaines maladies cardiovasculaires, effets sur les défenses immunitaires ( rôle protecteur vis-à- vis du risque de développer une sclérose en plaque par exemple)…
LMDC : Qu'est ce que cela pourrait induire comme conséquences thérapeutiques ?
Nous pensons qu’il n’est pas illégitime de plaider la réévaluation à la hausse des apports en vitamine D recommandés par l’Anses (anciennement Afssa). Ces taux n'ont pas bougé depuis 2001, alors que bon nombre de scientifiques soulignent qu’ils sont insuffisants.
Douze minutes d'exposition solaire sur 50% de la peau, un jour de grand beau temps, si le climat et la saison le permettent équivalent à une prise de 3000 UI de vitamine D. Cependant, outre les risques pour la peau de recommander de s’exposer davantage au soleil, cela parait difficilement atteignable et adapté à nos latitudes, où nous ne produisons que peu (ou pas du tout entre Novembre et Février) de vitamine D en dehors du plein été. La prise de compléments pourrait alors être encouragée l’hiver. Même s’il n’y a pas de seuil toxique précis pour la vitamine D, des études ont montré qu’on pouvait parfaitement tolérer, si on ne présente aucun antécédent de pathologies rénales, des doses quotidiennes de 4 000 UI de vitamine D3. Néanmoins, il faut rester mesuré. Une étude américaine qui a suivi pendant 7 ans, environ 36 000 patientes âgées de 50 à 79 ans n'a pas montré de bénéfice de doses journalières aux alentours de 400 UI (à titre d’exemple 150g de saumon fumé ou une petite cuillère à café d’huile de foie de morue de nos grand-mères) sur le risque de cancer du sein. Pour confirmer l’impact de nos résultats, il faut à l’avenir encourager des essais de ce type à des doses de vitamine D vraisemblablement plus élevées.
Propos recueillis par Pascale Senk
Pierre Engel
Pharm-D, MPH
PhD candidate, Team 9, Nutrition, Hormones & Women's Health, INSERM U1018 CESP
Institut Gustave Roussy, Villejuif France.
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Publié dans : La salle d'infos > Enquête
Tags : Vitamine D, Recherches, Pierre Engel, Institut Gustave Roussy, Exposition Solaire, Cancer Du Sein, Cancer
Publié le 12/09/2010 à 1h36 - Dernière modification le 12/05/2011 à 12h48
Commentaires : (2)

ARTICLE TRÈS INTÉRESSANT QUANT ON EST CONCERNE PAR LE SUJET. JE RETIENS ÉGALEMENT UNE CUILLÈRE A CAFÉ D HUILE DE FOIE DE MORUE POUR CONSERVER MON TAUX A 30, EN PLUS DE CE QUE ME PRESCRIT MON ONCOLOGUE.
MERCI
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intéressant, mais surprenant.
Quand je lis ce genre d'étude, loin d'y puiser de l'optimisme, je me dis que ça patauge et que ça rustine. Quand entendrons-nous parler vraiment des causes et moins des facteurs dits de risques ...?