Un site émouvant et sans concession d'une malade "multirécidiviste", qui écrit et peint depuis trois ans.
Le peintre Thierry Dussac a réalisé des portraits de dix femmes atteintes d’un cancer du sein. Le résultat est visible à l’Institut Gustave Roussy et dans un livre magnifique, « La Vie en plus. »

Dans le hall de l’IGR, à Villejuif, sept immenses portraits de femmes accrochent le regard. L’intensité qui s’en dégage ne peut laisser indifférent. L’auteur de ces tableaux est Thierry Dussac, un peintre expressionniste parisien.
A l’origine du projet se trouve le docteur Mahasti Saghatchian, oncologue à l’IGR, qui souhaite amener l’art au cœur de la maladie. Thierry Dussac, de son côté, a « un compte régler avec le cancer du sein ». Il y a trois ans, sa cousine - « ma jumelle », dit-il – est tombée malade. Auparavant, il y avait eu cette rencontre avec une jeune femme, qui avait subi une mammectomie et souhaitait poser pour lui. Confronté à cette féminité meurtrie, Thierry Dussac n’avait pas donné suite. « Je n’ai peut-être pas eu le courage… Et puis je voulais proposer une autre image de ces patientes, plus douce, plus pudique, montrer la personne au-delà de la maladie », explique-t-il.
Le docteur Mahasti Saghatchian accepte d’entrer avec lui dans cette aventure artistique et lui envoie des patientes. La première volontaire à se présenter est Christiane, 74 ans. « On s’est vu dans un café, alors que le projet en était encore au stade de l’idée, se remémore Thierry Dussac. Elle m’a raconté tout son parcours. » De vraies rencontres, des échanges approfondis, un shooting photo – plusieurs centaines de clichés tout de même- , puis direction l’atelier de Thierry Dussac, dans le sous-sol de sa maison, pour la réalisation de ces immenses portraits. Le schéma va se reproduire dix fois et aboutir à une quarantaine de tableaux.
Ce travail ne laisse pas Thierry Dussac indemne : « Ces femmes me livraient leur histoire, il y avait beaucoup d’émotions, des larmes parfois, de la colère aussi… je n’étais pas préparé à cela », avoue-t-il. Son regard se modifie peu à peu, sortant de l’angoisse suscitée par la maladie pour ne laisser place qu’à l'intensité de vie qui se dégage de ses modèles. Il consacre à chaque femme entre trois et sept toiles. Les premiers portraits sont durs, presque oppressants ; les derniers sont davantage libérés. Dans le livre, il écrira : « Chacune de ces peintures emporte avec elle une partie de cette sève empoisonnée, pour qu’à la fin il ne reste que le plaisir de peindre et la joie d’exister. »
Pour les patientes, l’expérience est toute aussi forte. "Exutoire", "thérapie" diront certaines; en tout cas, elle devient pour toutes un moyen d’expression. Dans le livre « La Vie en plus », chaque femme a écrit un court texte pour accompagner son portrait. « Nous sommes toujours des femmes. Quoi d’autre ? » interpelle Nelly. « Je suis lasse plus que de raison/Mais ce mince privilège /Qu’est cette impression de survie/ Me révèle et me laisse approcher l’infini », scande Lucia.
Se voir en peinture, qui plus est dans un grand format, est un choc. D'autant plus dans le contexte d'une maladie qui atteint l’image de soi et la féminité. Le pinceau de Thierry Dussac, au fur et à mesure qu’il construit ces visages, semble mettre les âmes à nu. Christiane, lorsqu’elle se découvre, fond en larmes : « Vous avez peint des choses de moi-même que je refusais de voir », déclare-t-elle. Voici Agnès, qui considère son cancer comme l’opportunité de mettre de nouvelles priorités dans sa vie. Anilda, venue poser avec ses enfants. Virginie, qui a accepté de se dévoiler alors qu’elle refusait de se laisser prendre en photo, y compris par sa fille dont c’est le métier. Anne-Frédérique, qui a eu beaucoup de mal à ôter sa perruque pour poser mais qui la laissera pour de bon au placard après avoir découvert son tableau. Et toutes les autres...
Cette première réalisation devait être suivie par une deuxième série de portraits, qui aurait fait l’objet d’une nouvelle exposition à l’Hôtel de Ville de Paris. Ce projet devait être suivi par un sociologue, dans le but d'étudier les effets de l’art sur les patients. Faute de financements, « La Vie en plus » doit pour l’instant s’arrêter là. Dommage.
Claire Aubé
La Vie en Plus, Institut Gustave Roussy, septembre 2009, SETIG-Palussière.
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Publié dans : Magazine > La salle d'infos
Tags : Thierry Dussac, Institut Gustave Roussy, Igr, Cancer Du Sein, Cancer, Arthérapie
Publié le 25/04/2010 à 10h00 - Dernière modification le 30/04/2010 à 4h26
Commentaires : (4)

j'ai été tres interpellée par la beauté des toiles.
elles degagent une ame de la delicatesse .
un grand merci a l'artiste pour toute son attention
irene
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J'ai eu l'occasion de voir cette exposition où toutes les émotions transpirent à travers chaque portrait. Elle est réellement "causante"...
cerOnac
"On ne voit bien qu'avec le coeur... L'essentiel est invisible pour les yeux"
"Ce qui ne parvient pas à la conscience, revient sous forme de destin..."
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Magnifique sur les meurtrissures du corps, et surtout celles de l'âme qui se cachent derrière la façade mutilée.
Marie-Claude
'La vie n'est rien, mais rien ne vaut une vie.' A. Camus.
http://www.bernadette-son-combat.com
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Très joli article qui montre à quel point 'l'image' est atteinte, en soi, sur soi, les projections sur autrui et finalement que non, il y a quelqu'un derrière, une âme qui reste.
Marina
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